Elle a été développée par Régis Darne et par son fils Pierre en 1916.La maison Darne est une des figures de l’armurerie Stéphanoise, créée en 1881, elle est réputée pour ses fameux fusils a canon fixes, munis de culasse mobile coulissante verrouillée par un levier à bascule. Dés 1915, la société Darne obtient la fabrication sous licence des mitrailleuses Lewis d’aviation, au début elle en produit cinq par jour. Mais, sa capacité de production augmente, et à la fin des hostilités, la maison Darne aura produits 3266 mitrailleuses Lewis d’aviation. Mille armes du même type ont été réalisées par la société Mildé à Paris, une entreprise spécialisée dans la fabrication de composants mécaniques et électriques pour automobile. En 1916, MM. Darne père et fils mettent au point une mitrailleuse de leur conception. Quelques exemplaires sont livrés à l’armée française en 1917 et en août 1918, les établissements Darne reçoivent une importante commande de mitrailleuses pour l’infanterie et l’aviation, en vue des opérations militaires prévus au printemps 1919. L’armistice du 11 novembre 1918 entraîne la résiliation du contrat, mais la société Darne est invitée à poursuivre le développement des ses mitrailleuses en vue d’en améliorer les performances.
Un véritable système d’armes
Ce développement va s’opérer avec l’aide des services
techniques de l’artillerie et de l’aviation. Mais, les dirigeants
de la maison Darne on vu grand, ils ont mis en place dans leur entreprise une
section ’’Armes de Guerre’’ qui, avec l’appoint
fourni par la section ’’Arme de chasse’’ , est en mesure
de fabriquer 1500 mitrailleuses par mois. Ils vont alors développer un
véritable système d’armes basé sur un mécanisme
unique, refroidi par l’air. Celui-ci pouvait être adapté
à l’usage de toute munition d’un calibre de 6 à 8
mm, qu’elles soient à gorge ou à bourrelet :
- Un fusil mitrailleur à chargeur de 20, 25 ou 30 cartouches. Au choix
du client, l’arme peut être fournie avec un sélecteur permettant
deux ou trois cadences de tir : depuis 100 coups par minute avec un régulateur
de cadence, jusqu’à 800 coups par minute pour le tir contre avion.
Pourvue d’une béquille et d’une crosse, elle ne pèse
que 6.800 Kg ;
- Une mitrailleuse portative, à grande capacité de tir, alimentée
par bandes souples de 150 ou 250 cartouches. Cadence de tir : deux ou trois
vitesses au choix, depuis 150 jusqu’à 1000 coups par minute. Le
poids de l’arme nue est de 9 Kg, 9.700kg avec béquille et crosse,
et 13 Kg avec le trépied léger ;
- une mitrailleuse d’infanterie de char ;
- une mitrailleuse d’avion synchronisée pour le tir au travers
de l’hélice, avec une cadence de tir de 1000 à 1350 coups
par minute. Le poids est de 8.250 Kg
- une mitrailleuse d’avion pour aile ou tourelle, son poids est de 7.800
Kg. Le fabricant proposait en outre une mitrailleuse de gros calibre (11 à
15 mm) , pouvant être établie en version normale ou synchronisée.
Cadence de tir : 900 coups par minute environ. Son poids varie de 10 à
15 kg.
De 1918 au milieu des années 1930, la maison Darne a fabriqué
environ 11 000 mitrailleuses vendues aux payes suivants : Brésils (150),
Espagne (1 200), France (environ 6 000), Italie (1 000), Lituanie, Serbie (2500),
Tchécoslovaquie.
La France avait adopté en 1922, la mitrailleuse Darne pour tourelle d’avion
alimentée par bande souple en toile (calibre .30). En 1933, elle adopte
un modèle de calibre 7.5 mm pouvant aussi bien être installé
en tourelle, dans les ailes ou sur le capot des avions. Ce modèle est
alimenté par bande métallique souple a maillons détachables
(ce que les manufactures d’état ne sauront faire qu’en 1939
et en utilisant les maillons Darne). Cette arme est installée sur les
appareils de l’armée de l’air et de l’aéronautique
navale. Parmi les appareils équipés, nous pouvons citer :
- Hydravion patrouilleur Potez 452, 1 mi¬trailleuse en tourelle dorsale,
- Hydravion torpilleur Latécoère 290, 1 mi¬trailleuse en tourelle
dorsale,
- Chasseur-bombardier Latécoère 299, 2 mitrailleuses dans les
ailes, 1 mi¬trailleuse en tourelle dorsale, - hydravion de transport Laté¬coère
523, 1 mitrailleuse en tourelle dorsale et 4 mitrailleuses latérales,
- hydravion de transport Breguet 521, 4 mitrailleuses latérales et 1
mitrailleuse en tourelle de queue,
- Bombardier Bloch 210, 211, 3 mitrailleuses en tourelles,
- Bombardier Potez 54, armé de 2 tourelles avec chacune une mitrailleuse,
- Hydravion d'observation, Lioré et Olivier H 43, 1 mitrailleuse d'aile
et 1 mitrailleuse de tourelle,
- Etc.
Sur les mitrailleuses d'aile ou de capot, selon le modèle de couloir d'alimentation, les bandes peuvent être introduites par la droite ou par la gauche. Les Allemands ont récupéré des mitrailleuses Darne et leur ont donné la référence le MG 106(f). Certaines d'entre elles auraient été montées à poste fixe pour la défense des îles anglo-normandes.
Description
La carcasse de forme parallélépipédique est à faces
planes, elle renferme l'ensemble mobile et le système d'alimentation.
Le canon de section ronde est vissé en partie haute. Le cylindre à
gaz est relié à une frette qui ne comporte aucune valve de réglage.
Le fonctionnement en toutes circonstances étant assuré par un
large évent d emprunt des gaz, d ou un moindre risque de non fonctionnement
mais avec, en contrepartie, une cadence de tir très élevée.
Le ressort récupérateur est placé dans l'axe du piston.
L'ensemble mobile se compose d'une pièce de manœuvre attelée
au piston et d'une culasse mobile. Le verrouillage est du type "béquille"
(verrouillage par translation vers le haut de la partie arrière de la
culasse et appui sur un coin disposé sur la paroi supérieure de
la boîte de culasse). Le déplacement de la culasse mobile est assuré
par une rampe oblique. Le percuteur fixe est monté sur la pièce
de manœuvre. L'alimentation est assurée par bandes souples ou par
maillons métalliques (sauf pour le fusil-mitrailleur alimenté
par boîtier - chargeur).L'avancement de la bande est assuré par
un coulisseau à mouvement transversal alternatif, actionné par
un jeu de bielles reliées à une chaînette et dont l'une
subit les impulsions du porte - mécanisme, par l'intermédiaire
de deux bossages de la came d'alimentation fixée au porte - mécanisme.
Un cliquet transmet la poussée aux cartouches de la bande, un autre cliquet
empêche le mouvement rétrograde de la bande. Le transport de la
cartouche est obtenu par un transporteur muni de deux bras élastiques.
Il extrait la cartouche de la bande, la ramène en arrière tandis
qu'un guignol redresse celle-ci vers le haut pour l'amener dans la bonne position
au moment du chargement. Le ralentissement de la cadence de tir est assuré
sur les armes d'infanterie par un dispositif qui retarde le fonctionnement du
mécanisme d'alimentation. L'accélération de la cadence
de tir sur les armes d'aviation est obtenue au moyen d'un système qui
accélère le mouvement avant de l'ensemble mobile.
Fonctionnement
La mitrailleuse Darne fonctionne par emprunt des gaz, avec l'ensemble mobile
accroché sur la tête de gâchette, une cartouche étant
en place sur le transporteur prête à être chambrée.
Abaissement de la gâchette, sous l'impulsion du ressort - récupérateur,
l'ensemble mobile s'élance vers l'avant. Il se produit alors le chambrage
de la cartouche, la fermeture et le verrouillage de la culasse, puis le départ
du coup. Une cartouche de la bande est déjà en prise avec le transporteur.
Lorsque la balle a dépassé le trou d'évent, une partie
des gaz reflue dans le cylindre et repousse l'ensemble mobile vers l'arrière.
La culasse est déverrouillée, l'étui percuté est
extrait puis éjecté. L'ensemble mobile recule, tandis que les
cames du mécanisme d'alimentation font avancer la bande d'une cartouche,
la cartouche précédente est elle aussi entraînée
vers l'arrière. En fin de course, le guignol la redresse et la place
face à la chambre. Fin du mouvement arrière et renouvellement
du cycle.
Démontage - remontage : Enlever la plaque de fermeture arrière,
après avoir repoussé le guide du ressort - récupérateur.
Extraire le ressort - récupérateur, l'ensemble mobile, le mécanisme
d'alimentation et le piston. L'entretien courant ne nécessite pas que
l'on démonte les autres pièces. Le remontage s'effectue dans l'ordre
inverse.
Rustique et performant
Souvent critiquées à tort en raison de leur rusticité,
les mitrailleuses Darne étaient simples, rustiques et économiques.
Elles possédaient des qualités que bien des armes contemporaines
pourraient leur envier. En 1931 une mitrailleuse Darne était vendue 700
F (354 € de 2003), soit le prix d'un fusil de chasse ordinaire de l'époque.
Le nombre de pièces est réduit au minimum et la fabrication fait
appel à un maximum de produits manufacturés (tubes, tringles,
profilés). Elles étaient aussi très performantes, un essai
effectué en 1932, à 8 000 mètres d'altitude par -18 °C
a permis de démontrer qu'elles fonctionnaient parfaitement par grand
froid. Pourquoi n'ont-elles pas connu le succès escompté, notamment
auprès des militaires ? peut-être parce que ceux-ci voyaient d'un
mauvais œil un petit fabricant privé faire de l'ombre aux grandes
manufactures nationales. On a cherché à copier les mitrailleuses
Darne en réalisant les mitrailleuses d'avion MAC 34, mais il n'est pas
démontré que l'on ait pu y parvenir. Bien avant la MAC 34-39 aile,
les mitrailleuses Darne fonctionnaient avec des maillons métalliques
détachables. Le fabricant proposait un modèle synchronisé
pour le tir au travers des hélices quadrupales dès 1922, tandis
que la Manufacture d'Armes de Châtellerault ne commencera l'étude
d'un modèle équivalent qu'en 1939 et ne parviendra pas au terme
de l'étude avant la fin des hostilités.
Bibliographie
• Documentation du fabricant.
• Notice technique de la mitrailleuse Darne Modèle 1933, Artillerie
navale (1938).
• The Machine Gun, George M. Chinn, Department of the Navy (1951).
• Waffen Archiv, H.B. Lockhoven (1969).
• Un siècle d'armement mondial (Tome 3), Jean Huon, Éditions
Crépin-Leblond (1979).
• The Belgian Rattlesnake, William M. Easterly, Collectors's Grade Publications
(1998). CEDOCAR.